foto1 foto2 foto3 foto4 foto5


Candidats aux législatives

Tous à Paris le 18 mars 2017

 

FrontContreFrontCamarades, amis,

Suivant le mot d’ordre, une seule consigne, n’attendez pas les consignes, qui a donné les résultats impressionnants que l’on sait, voici un appel à contribution militante dans le cadre des législatives dans le Calvados. Nous le voyons au niveau du collectif que nous formons, l’intelligence de ce qu’on appelle la base recèle un potentiel capable de dépasser tout ce qu’un comité restreint pourrait produire et prévoir et donc capable de surprendre. Rappelons-nous la magnifique surprise de la Bastille ou de ses répliques. La rivière était sortie de son lit.

Mais la digue que représente le diable de confort a peu à peu été renforcée par les mécanismes habituels, mais sans doute aussi par la faiblesse du travail militant sur ce point. L’analyse dynamique des résultats électoraux sur les dernières élections fait apparaître qu’au sein de la première circonscription, nous avons en effet nous aussi nos « Hénin-Beaumont ». Sans accréditer les thèses élitistes au pire sens du terme, qui fleurent bon le racisme de classe, selon lesquelles le peuple serait voué à l’extrême droite, au racisme, au repli identitaire, à la bêtise … , il faut montrer qu’il a en lui un potentiel de générosité, de désintéressement, d’humanité, qui surpasse de loin les calculs mesquins des dites élites. Pour réveiller ce potentiel, il faut aller au contact et convaincre. Et pour cela opposer arguments à arguments.

Le présent appel part du constat que les préoccupations des électeurs ne se cantonnent pas aux seules questions sociales et économiques, envisagées qui plus est par le petit bout de la lorgnette. Les principaux médias du fait de leur pouvoir d’injonction contribuent à donner à ces questions, nous le savons, une forme caricaturale et orientent les réponses vers des choix binaires, absurdes à force de simplisme, et souvent contradictoires entre eux (l’équilibrage des comptes publics ou bien la croissance, la sortie de l’euro ou l’acceptation des politiques d’austérité), quand ils ne sont pas tout simplement et quotidiennement contredits par les faits (respecter le pacte de stabilité ou bien sortir de l’Euro-groupe, modifier le statut de la banque centrale européenne ou bien détruire la construction européenne). Les salariés sont aussi des citoyens, non seulement parce qu’ils votent, et s’intéressent à la politique, mais au quotidien, chaque fois qu’ils sont confrontés concrètement à des questions politiques nationales et internationales. Et ils y apportent des réponses, comme ils le peuvent. La politique ayant horreur du vide et des silences, le FN doit son installation dans le paysage politique à la conjonction de ce traitement médiatique de l’information et de la stratégie de décloisonnement de la droite.

Mais la gauche, après des années de critique moralisante, porte sa part de responsabilité. On peut relever dans le contexte actuel deux carences principales du discours des forces de gauche : 1/ une « spécialisation » excessive du discours de la gauche dite radicale dans les questions salariales, sociales, etc., et 2/ la faiblesse, voire l’indigence et les faux-fuyants des discours proprement politiques des autres formations majoritaires de gauche (quand elles ne décident pas tout simplement de reprendre à leur compte certains « éléments de langage » de la droite décomplexée).

Aux premiers, il faut dire qu’il n’est pas question de retomber dans le piège de l’ouvriérisme et dans les dérives que Marx déjà dénonçait dans l’embryon du SPD et des organisations ouvrières. On se trouve alors réduit, comme les socio-démocrates, à invoquer dans le vague la justice sociale et on se prive des moyens d’articuler les luttes du mouvement social aux nécessaires transformations de la forme juridique et politique. Après tout, promettre à tous une chance égale de devenir propriétaire et actionnaire, ou encore, de bénéficier également de la préférence nationale, serait aussi une forme de justice sociale. S’il est vrai que la citoyenneté ne doit pas s’arrêter aux portes de l’usine, selon le mot de Jaurès, on ne doit pas laisser en friche la révolution de la citoyenneté en dehors de l’usine. La révolution citoyenne à laquelle nous travaillons est aussi une révolution de la forme même de la citoyenneté. Comme par le passé (qui a vue une extension progressive d’un suffrage dit pourtant universel), cette révolution se traduit par le renforcement et l’extension des droits politiques dans le sens d’une démocratisation accrue.

Aux seconds, il faut rappeler qu’à des questions politiques légitimes, mais formulées de manière confuse, on ne peut se contenter de réponses ambigües ou évasives. Le FN tient sa force principalement du fait qu’il prend en charge des questions légitimes, mais inarticulées et confuses. Les réponses qu’il lui apportent sont simplistes, absurdes et nocives. Et les positions politiques qu’elles induisent, dangereuses. A nous de le montrer et d’en convaincre.

  • Si l’on recherche l’efficacité, une méthode s’impose donc : il nous faut continuer à articuler publiquement ces questions politiques, poursuivre ainsi le travail engagé par le Front de Gauche durant la présidentielle, approfondir ce travail d’éducation politique, continuer de dissiper ces confusions et ces ambiguïtés qui font le terreau du FN et accessoirement son fond de commerce. Le cœur du dispositif visera à chaque fois à articuler publiquement, l’axe économique et social du programme du Front de Gauche sur son volet politique et institutionnel (réactivation et extension des principes fondateurs de l’idée républicaine, affirmation d’une laïcité non biaisée, l’appel à une constituante en vue de passer à une 6e République, extension de la démocratie dans l’entreprise, etc.).

  • Dans cette perspective, le comité national a donné le signal. L’ennemi ce n’est pas l’immigré, c’est le banquier. Le slogan résume la polémique dans laquelle nous devons nous engager pour chercher à convaincre, pas seulement par des bons mots, mais aussi par des arguments rationnels. Ce mot d’ordre national demande à être décliné et précisé sous une multitude de formes, dans toutes ses ramifications.

A titre de suggestion, et sans prétendre à l’exhaustivité :

  • la menace qui pèse sur les salariés et les contribuables, sur l’emploi, les conditions de travail, les rémunérations, ce ne sont pas le sans-papiers, mais les patrons-voyous, les évadés fiscaux, les promoteurs du management par le stress, etc.

  • L’insécurité, ce ne sont pas les jeunes « des quartiers » (qu’ils soit issus de l’immigration ou non), mais ceux qui organisent la précarité sociale, économique et culturelle sous toutes ses formes.

  • Non, l’assisté ce n’est pas le bénéficiaire du RSA ou des allocations sociales, mais les profiteurs au sens propre du terme (les conseils d’actionnaires ou de multinational qui détournent, infléchissent ou inspirent à leur profit la fiscalité, les groupes qui parasitent et détruisent le tissu industriel et les emplois, les rentiers qui surfent sur les bulles immobilières successives, etc.).

  • A la mobilité sociale négative (dont l’un des mots d’ordre est la flexibilité, et la traduction humaine est la peur du lendemain), il faut opposer la mobilité sociale positive. La première estfaite de précarité, de discrimination, elle est une incitation à se fondre dans la « société du mépris», qui distille dans les coeurs, dès le plus jeune âge, le poison de l’impératif « Profite et tais-toi ». Danssa variante haineuse et rabougrie, cet impératif regresse dans l’archaïsme de la préférence nationale, ethnique, religieuse, familiale …. A ce principe, il faut opposer le principe universel de solidarité, selon lequel aucune souffrance humaine et aucun bonheur humain ne doit nous être indifférent. Le creuset de ce sentiment d’humanité reste l’école et l’éducation dans sa forme la plus exigeante (de la maternelle à l’université). Mais les corps intermédiaires (syndicats, associations, mutuelles) et les services publics (de santé y compris ceux de police et de justice) en sont les relais tout au long de la vie. Soumis à rude épreuve par des politiques de casse et des campagnes incessantes de dénigrement et de « ringardisation », le périmètre des services publiques doit être non seulement consolidé, mais accru. Il ne s’agit pas de restaurer les services publics sous leur forme ancienne, mais de leur faire subir une mutation leur permettant d’être encore plus fortement des services de proximité, à tous les sens du terme, géographique (c’est indirectement une contribution à la transition écologique), social et politique, en retissant du lien sociale, à créer du bon « voisinage » (inscription sur le territoire de l’égalité d’accès aux soins, à la sécurité, à la culture, etc.), mais aussi de la proximité humaine, en veillant à ce que ces politiques produisent à terme la valeur humaine ajoutée (en finir avec l’isolement et la défiance, la peur, le repli communautaire ou individuel, etc.).

  • Non, l’ennemi, ce n’est pas le musulman, pas plus que le juif, le chrétien, l’athée, ou l’agnostique ; le véritable ennemi, c’est l’ennemi de la laïcité. Les peurs diffuses d’une résurgence des guerres de religions sont alimentées et exploitées au plan national par les idéologues apprentis-sorciers du choc des civilisations. Ces peurs expriment cependant une demande légitime de paix civile. Dans le contexte d’une mixité irréductible et irréversible de la société française, toute acclimatation, sous l’une ou l’autre de ses variantes, de la politique du choc des civilisation est irresponsable et criminelle. Sous couvert de retour à un ordre, ce sont de véritables incitations à la guerre civile. La laïcité reste historiquement et plus que jamais en France la clé de voûte de la paix civile, une paix construite non sur un équilibre de la terreur, ou des clientélismes, mais sur le respect et l’extension progressive des libertés publiques et individuelles (liberté de conscience, droit à disposer librement de son corps, à mourir dans la dignité, droit à une orientation sexuelle, homoparentalité, etc.). La seule et unique limite, mais elle est absolue, se trouve ainsi fixée.

  • Non, l’ami ce n’est pas celui qui partage avec nous une même identité phantasmée, mais tout concitoyen qui partage avec nous cette même idée républicaine du progrès humain, qui adhère au projet républicain qui porte en lui l’exigence d’une démocratisation toujours accru. Il faut en finir avec les oppositions factices qui ont consisté durant les dernières décennies à opposer, par exemple, république et démocratie, souveraineté populaire et liberté individuelle, etc.. ; mais aussi avec les amalgames faisant du capitalisme et de la démocratie deux faces d’une même médaille, ou de la défense de la souveraineté populaire un synonyme de repli identitaire et de la promotion du principe de préférence nationale. Les politiques d’austérité ont pris des visages successifs depuis les années 70 jusqu’au virage autoritaire de la dernière décennie, qui montrent aux yeux de tous que le capitalisme s’accomode fort bien de la régression et de la répression des libertés individuelles et publiques. Mais elles se sont heurté en France à un mur qui n’est pas, comme on le dit, celui des corporatismes et des archaïsmes, mais celui d’un peuple résistant, attaché à sa souveraineté, une souveraineté généreuse et accueillante qui se reconnaît dans les idéaux d’égalité, de liberté et de fraternité, et qui, sans relache, travaille à inventer les formes sociales qui leur donneront corps. C’est cette France généreuse, belle et rebelle, qu’il faut opposer à la France dégénérée des gagne-petit, des prédateurs et de leurs larbins.

Les modalités d’adptation au contexte local sur la circonscription restent à définir : assemblées, débats publics, communiqués, projections-débats publiques, réseaux sociaux, performances, porte-à-porte, point informations-débats, etc. Tout cela en fonction des sensibilités, disponibilités et compétences de chacun, militants et sympathisants.

C. L.


Copyright © 2017 PG14 Rights Reserved.